Cap Phi est un street artist et infographiste Lyonnais issu d’une culture prolétaire. Il a découvert le street art dans les rues Lyonnaises, et le pratique lui-même depuis 2010. Sa vision de l’Art repose sur le concept d’« Art Modeste » d’Hervé Di Rosa, qui n’établit pas de hiérarchie entre les différentes formes d’Art et qui place l’émotion au centre de toute compréhension artistique. Son art est reconnaissable : il met en scène des petits monstres, dans un style très cartoon et coloré.

Votre travail en quelques mots ?


L’art dans la rue. La démarche du street art, et qui est aussi la mienne, est d’être visible par
tout le monde dans un lieu public et de faire ressentir des émotions aux passants.


Quelles sont les émotions que vous voulez faire ressentir aux personnes qui voient votre art dans la rue ?


J’aimerais que mon art percute non seulement les « chasseurs » de street art, mais aussi
Monsieur Tout-le-Monde. Et pour cela, il faut que la “pièce” (le graffiti) soit grande ou qu’elle
soit colorée, qu’elle soit “flash”. Tu as deux ou trois secondes pour capter l’attention de
quelqu’un. Je veux faire passer un message positif, que les gens qui voient mon art fassent
« waouw ! ». Je ne fais pas d’art engagé, je veux juste égayer les rues et ses usagers.


Votre art est largement inspiré des mangas, des BD, et de la littérature pour enfant. En lisez-vous ? Quel est votre ouvrage  préféré ?


Oui, j’en lis beaucoup. Mon préféré du moment est ouvrage d’Emil Ferris:  Moi, ce que
j’aime, c’est les monstres. C’est un roman graphique sous forme de journal, qui relate
l’histoire d’une petite fille qui se prend pour un monstre. Ce que je pense - et ce que l’on
retrouve dans mon art d’ailleurs - c’est que nous sommes plus ou moins tous des monstres.
On a tous de bons et de mauvais côtés. Les petits monstres représentent l’humanité, et c’est
un sujet qui touche les enfants comme les adultes.


Quelles sont vos autres sources d’inspiration ?


Je m’inspire beaucoup de la BD, mais aussi énormément de mon quotidien. A travers ces
petits monstres, je représente aussi un peu mes enfants. Je crée au milieu de ma famille. La
vie quotidienne vient changer les thématiques abordées ; toutes les évolutions artistiques ont
le quotidien pour point d’ancrage.


Quel est votre rapport aux réseaux sociaux ?


Je suis mitigé par rapport aux réseaux sociaux mais je les utilise beaucoup. Quand j’ai
commencé le street art, j’avais un Skyblog. Les réseaux médiatiques et le street art sont
intrinsèquement liés : historiquement, la popularité du street art a explosé grâce à ces
réseaux. L’art graphique est longtemps resté dans l’ombre parce qu’il n’avait pas le support
médiatique approprié. Les formes d’art alternatives n’ont eu de pérennité qu’à partir du
moment où les médias mainstream se sont emparés du mouvement. Mais même si les
réseaux sociaux ont toujours joué un rôle important dans la reconnaissance du street art, il
peut être à double tranchant. Faire de l’art dans la rue est un acte généreux : on donne sans
attendre de reconnaissance, mais parfois notre art peut être repris sous des formes qui ne
nous plaisent pas, avec des hashtags qui ne nous ressemblent pas. C’est une forme d’art qui
est mise à disposition de tous, ce qui veut dire aussi que tout le monde peut se l’approprier,
y compris sur les réseaux sociaux.


Que faites-vous en dehors du street art ?

Le street art n’est pas mon métier, je n’en vis pas. Je suis infographiste de formation. En
infographie, on doit répondre aux attentes des clients. On a des commandes, ce n’est pas de
l’Art puisque l’on répond à un besoin. Il n’y a pas de liberté de création. On est dans le
carcan du travail et de la commande, et c’est justement pour sortir de ce carcan et créer que
je me suis tourné vers le street art. Si mon activité en tant que street artiste devient
rémunéré, je tomberai de nouveau dans ce même carcan.

Depuis quand peignez-vous ?


Je peins depuis 2010. Avant cela j’étais ce qu’on appelle un « chasseur », je cherchais de
nouvelles pièces de graffitis dans les rues de la Croix Rousse avec mon fils. C’est de cette
manière que m’est venue l’idée de faire moi-même du street art.  


Quel genre de musique écoutez-vous pour peindre ?


En musique je suis à la recherche d’énergie. J’aime les genres comme le métal, le rock et le
rock progressif : Metallica, Tools, Perfect Circle, Genesis.


Y a-t-il des événements à Lyon dédiés au street art ?


En Mai prendra place le festival Peinture Fraîche. C’est un gros festival créé par Cart’1 et qui
regroupe environ 70 artistes nationaux et internationaux. C’est un évènement important de
l’année dans le monde du street art Lyonnais. Il existe sur Lyon des institutions tournées
vers le street art, comme Les Murs Peints et tout ce qui est fait par la coopérative
CitéCréation. Le street art est un élément important du rayonnement artistique Lyonnais.
C’est une ville riche au niveau artistique, il y a des « chasseurs » qui viennent à Lyon juste
pour voir les graffitis. A la croix rousse par exemple, des street artists ont créé des jeux de
pistes en graffant plusieurs pièces séparées que les gens doivent retrouver. La rue n’est
ainsi plus seulement un passage d’un point à un autre, on incite les gens à déambuler.

 

Avez-vous un mantra qui résumerait votre art et votre démarche ?


Je n’ai pas de phrase particulière. Mon art n’est pas académique, il repose sur la
représentation de petits personnages. Craola par exemple, un artiste américain, va peindre
des compositions surréalistes mais a une technique ultra classique. Je suis pour ma part
plus vers un art populaire. Un artiste peintre Français, Hervé Di Rosa parle de l’ « art
modeste », un concept d’après lequel chacun peut s’approprier une œuvre, quelle que soit
sa position sociale et son background culturel. Ce concept pose l’émotion comme base de
l’Art. Si je devais choisir un mantra, il serait en rapport avec le concept de l’Art Modeste, car
tout le monde n’a pas eu une éducation académique et pourtant chacun peut apprécier une
œuvre tant qu’elle lui procure une émotion.


Avez-vous des endroits à nous conseiller ?


La croix rousse, c’est un quartier riche à souhait. On y trouve de nouvelles pièces
régulièrement. Énormément d’artistes utilisent la rue comme vecteur : le street art est très
large. Cela peut être des collages, des graffitis, de la mosaïque. Mais la rue reste avant tout
populaire, le street art s’adresse à tout le monde. Il s’oppose en cela à l’art académique et
élitiste qui ne prend forme que dans les musées et les expositions.

 

Lieux où voir ses œuvres : 

sur les pentes de la Croix Rousse.


Interview by Liv' Lyon Fanzine